Après-développement

L'après-développement ou post-développement est un projet de nouvelle «ère» historique dans l'histoire de l'Occident qui se définirait en rupture avec le concept de développement : le paradigme économiste de la société capitaliste mondialisée...



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Théorie économique - École de pensée économique hétérodoxe - Altermondialisme - Décroissance

L'après-développement ou post-développement est un projet de nouvelle «ère» historique dans l'histoire de l'Occident qui se définirait en rupture avec le concept de développement : le paradigme économiste de la société capitaliste mondialisée et l'imaginaire qui lui est associé.

L'Occident auquel on se réfère ici est irréductible à un territoire, il n'est pas uniquement une entité religieuse, éthique, raciale ou même économique. L'Occident comme unité synthétique de ces différentes manifestations est une entité culturelle, un phénomène de civilisation.

L'après-développement correspond à une théorie économique minoritaire fortement critiquée par les tenants de la théorie économique classique.

Approche historique du développement par les partisans de l'après-développement

Selon Latouche[1], l'histoire de la domination de l'humanité par l'Occident peut être subdivisée en cinq phases successives plus ou moins bien scindées les unes des autres :

Le projet selon-développement se définit en rupture à cette continuité historique qui serait marquée par l'écrasement progressif des sociétés par l'entité technicienne Occident, la «désocialisation» des individus, «l'omnimarchandisation» du monde, l'enrichissement des plus riches et l'appauvrissement de la majorité, la dégradation de l'environnement planétaire et la diminution de ses ressources.

La thèse de l'après-développement

La thèse de l'après-développement considère que l'occidentalisation est le levier culturel de l'imaginaire développementiste. Comme culte de la technique et désenchantement du monde, elle fonctionnerait comme une anticulture qui détruirait les structures économiques, sociales, et mentales respectant les traditions, en leur substituant comme unique projet de vie, l'accumulation matérielle sans fin, et comme unique projet de société la quête perpétuelle de la modernité et de la richesse matérielle : le développement, fréquemment au détriment de l'épanouissement de l'Être. L'occidentalisation désocialiserait et déterritorialiserait les hommes, substituerait des échanges économiques au lien social et prônerait la concurrence généralisée qui mène à l'exclusion.

A l'échelle planétaire, cette exclusion ne toucherait pas que des individus, mais des sociétés entières. Ainsi, dès 1989, Serge Latouche dénonçait ce qu'il considérait comme un échec et ces dérives : «Si l'occidentalisation du monde est en train d'échouer, ce n'est pas parce que les émetteurs d'informations ne sont pas suffisament puissants, mais plus simplement parce que d'une part, "la base de la culture", l'économie, ne suit pas et que d'autre part, "le dispositif sociétal" qui porte le projet est en voie de décomposition. Le développement n'est pas un modèle généralisable ; il s'agit bien plutôt d'un instrument de domination du monde dont la dynamique complexe accroît toujours, ou recrée, des déchirures dans l'"infrastructure", pour tout autant que celle-ci ne tire son sens que du spectaculaire dispositif de pouvoir qui l'accompagne. La crise du développement est obligatoirement une crise culturelle. Les déçus, les floués du mythe se tournent vers des formes agressives d'affirmation culturelle, reconstruites comme anti-occidentales.»

Les propositions

Le concept selon-développement se propose comme un ensemble d'alternatives au projet de la modernité, intrinsèque à l'occidentalisation. L'entité Occident est beaucoup déterritorialisée, même si ses vecteurs restent plus palpables, ses effets dénoncés plus haut sont visibles tant au Nord qu'au Sud : destruction du lien, des représentations, des modèles, tout comme la destruction des milieux : de l'environnement par sa surexploitation, ainsi l'après-développement n'est pas concept spécifique au «Nord» ou au «Sud», comme le démontrent les origines de ses défenseurs, ni un concept spécifique pour le «Nord» ou pour le «Sud». Il ne peut être défini par un projet unique de société. C'est un projet de civilisations (avec ou sans S selon les conceptions de chacun) qui renonce au concept de développement et de développement durable tout deux compris comme «bonne croissance économique», un ensemble de projets alternatifs au développement qu'il convient à chaque société d'auto-définir ; Il propose une reculturation des individus et des sociétés alternativement au modèle culturel transnational qui uniformiserait la vie à l'échelle planétaire dans tout ses aspects. L'objectif recherché est le réenchâssement de l'économique dans le social et d'interrompre la recherche de l'expansion économique illimitée incompatible avec notre monde fini.

La place de l'humanisme-universalisme dans le développement

Pour les partisans de l'après-développement, il existe une vraie polémique autour du concept des valeurs universelles humanistes propre à la société occidentale ainsi qu'à la philosophie des Lumières. L'humanisme-universalisme est un vecteur de diffusion des valeurs occidentales et du développement. Uniquement, selon le degré de relativisme de chacun, il est reconnu en plus, soit comme la justification de l'obligation d'un après-développement, soit comme une composante de «l'imaginaire développementiste».

Pour les seconds, comme le dit Latouche : «l'affirmation que les valeurs de l'occident, étant naturelles, sont celles de tout homme et de l'ensemble des hommes devient vraie, sans que pour tout autant ces valeurs soient plus naturelles. Tout simplement, n'ont survécu et ne survivent que les sociétés qui ont, au moins en partie, accepté ces valeurs-là. Par conséquent, l'histoire rétrodictive peut prétendre que ces valeurs étaient en germe dans leurs cultures et que l'Occident n'a fait que leur révéler à elles-mêmes leur vérité profonde.»[3] Ainsi, toujours pour Latouche, «L'idée qu'une humanité unifiée est la condition d'un fonctionnement harmonieux de la planète est membre de la panoplie des fausses bonnes idées véhiculées par l'ethnocentrisme occidental ordinaire. En effet chaque culture se définit par la spécificité de ses valeurs.»[4]

Des alternatives au développement

Étant donné que le développement et l'économie ont été découverts puis se sont étendus sur le globe, il existe des alternatives historiques au développement, datant d'avant son invention mais pas seulement.

D'autre part, il existe des alternatives volontaristes au développement, de réels projets pour l'après-développement, caractérisés par la volonté d'avoir été découverts comme alternatives au projet développementiste. En ce sens, ce sont des décolonisations de l'imaginaire développementiste occidental classique.

Les alternatives historiques au développement

Elles font beaucoup partie du champ d'étude des anthropologues, des ethnologues, mais également des historiens. Dans nombre de sociétés vernaculaires, l'économique n'est pas autonomisé comme tel. Il est dissout, incorporé dans le social et dans des réseaux structurants complexes. Le nombre énorme de ces sociétés actuelles ou historiques correspond à tout autant d'exemples d'alternatives à la société développementiste occidentale, mais elles sont le plus souvent mal connues et l'imaginaire occidental est un obstacle à la bonne compréhension des sociétés vernaculaires contemporaines ou historiquement proches.

C'est ainsi qu'on qualifie le plus souvent l'organisation collective des échanges des «naufragés de la mondialisation» par lequel survivent, hors du champ officiel du travail professionnalisé et fréquemment aussi de la rémunération monétaire, les exclus du marché globalisé et de la richesse au Sud ainsi qu'au Nord. Ce sont des formes locales selon-développement forcé.

Les alternatives volontaristes au développement ou projets pour l'après-développement

C'est une proposition répondant au problème de surcroissance économique des pays du Nord dont le contenu fait beaucoup débat. Cette surcroissance économique est mise en évidence par l'empreinte écologique des plus riches qui ne peut-être généralisée à l'humanité entière. Ses partisans présentent la décroissance comme indispensable, non seulement pour préserver l'environnement mais également, et peut-être en particulier, pour restaurer le minimum de justice sociale sans lequel la planète est condamnée. Elle prône la «simplicité volontaire» de Mohandas Karamchand Gandhi et Tolstoï

On regroupe sous ce nom, un ensemble de tentatives d'inventer une nouvelle logique sociale à l'échelle locale du bassin de vie, fondée sur la revalorisation des aspects non-économiques de la vie, sur le «don» entendu comme triple obligation[5] (donner, recevoir et rendre) et sur de nouveaux rapports sociaux.

Citations

«Aussi longtemps que nous assimilerons l'évolution de notre société à celle de l'humanité avançant vers un terme à la fois parfait et indéfiniment futur, aussi longtemps que nous verrons, dans nos progrès scientifiques et techniques, la preuve de cette évolution d'ensemble, nous ne parviendrons même pas à imaginer un projet politique nouveau.»
    — François Partant

«In the European recovery program, in our good-neighbor policy and in the United Nations, we have begun to batter down those national walls which block the economic growth and the social advancement of the peoples of the world.»
    — Harry S. Truman's Fourth State of the Union Address, 1949 (sur Wikisource)

Notes

  1. Latouche, S. (2005)  : Survivre au développement.
  2. voir le texte : L'invention du développement de Gilbert Rist sur cette page
  3. Latouche, S. (1989)  : L'Occidentalisation du monde, p 89.
  4. Latouche, S. (2006)  : Le pari de la décroissance.
  5. Mauss, M. (1924)  : Essai sur le don.

Réseau pour l'Après-développement

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