Dégradation des termes de l'échange

La dégradation des termes de l'échange est une thèse géopolitique employée pour exprimer des situations de baisse inéluctable du prix des produits des pays du Sud face à ceux des pays du Nord, ou plus objectivement...



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  • ... L'auteur insiste sur le flou de notions telles que «pays... La légende de la dégradation des termes de l'échange est à juste titre... (source : books.google)
  • la dégradation des termes de l'échange est faible (car forte élasticité-prix de la.... est le revenu du pays j exprimé en termes de ballons, et w et r... (source : pse.ens)

La dégradation des termes de l'échange est une thèse géopolitique employée pour exprimer des situations de baisse inéluctable du prix des produits des pays du Sud face à ceux des pays du Nord, ou plus objectivement et exactement entre produits des pays industrialisés et les produits des pays du Tiers-Monde[1] ou pays les moins avancés. Au XXe siècle, cette dégradation était devenue de plus en plus défavorable pour les pays "du Sud". Cette thèse est liée à la théorie de la dépendance.

Le terme provient de l'expression en économie de la thèse de Singer-Prebisch selon laquelle les termes de l'échange des produits primaires (produits de l'agriculture et matières premières) face aux produits manufacturés tendent à se dégrader au cours du temps.

L'expression a été popularisée en France par Léopold Sédar Senghor.

Thèse de Singer-Prebisch

Développée indépendamment par les économistes Raúl Prebisch et Hans Singer dans les années 1950, la thèse de Singer-Prebisch (TSP) décrit que les pays qui exportent des produits primaires, (comme la majorité des pays en voie de développement) doivent importer de moins en moins pour un niveau donné d'exportation.

Singer et Prebisch ont examiné des données sur une longue période de temps : les termes de l'échanges se sont dégradés pour les pays exportateurs de matières premières depuis 1876, au profit des pays exportateurs de produits manufacturés. Selon Prebisch, ce processus de dégradation des termes de l'échange est dû aux différences de spécialisation entre les "États du Nord", technologiques, et les "États du Sud", dont l'économie est basée sur l'exploitation des ressources naturelles :

Pour les États du Sud non toujours industrialisés les termes de l'échange se dégradent par conséquent progressivement, ce qui correspond à une réduction du pouvoir d'achat national en termes de produits étrangers. En effet, pour une même quantité de matière première produite et vendue aux "États du Nord", ils ne peuvent acheter qu'une quantité de plus en plus réduite de produits manufacturés.

Prebisch a surtout argumenté que pour cette raison, les pays moins avancés devraient diversifier leur économie et diminuer leur dépendance aux exportations en développant leur propre industrie manufacturière. Pour Singer, cette thèse a rejoint le "courant principal" des théories car les économistes de l'ONU l'utilisent pour leur recommandations de prudence données aux pays exportateurs agricoles : si les cours montent, qu'ils se méfient du syndrome hollandais, l'augmentation de devises est temporaire jusqu'à une prochaine retombée[2].

Au XXe siècle

Dégradation des termes de l'échange pour les produits de base (combustibles non compris) [3]
Période 1900-1986 1920-1980 1920-1975
Taux annuel moyen 0, 6% 0, 3% stabilité

La dégradation des termes de l'échange est particulièrement complexe à évaluer comme le montre les fortes différences de taux constatées dans ce tableau selon la période choisie. À ce titre, si on prend la période 1920-1975 la théorie de la dégradation semble complètement infondée tandis qu'elle parait fondée sur la période 1920-1980. Certains en concluent que la dégradation des termes de l'échange n'est pas vraiment une tendance longue de l'histoire mais reflète plutôt des phénomènes spontanés. La méthode de calcul des termes de l'échange utilise fréquemment l'indice de Laspeyres (voir termes de l'échange). Cependant, pour ceux des "pays du Sud" restés principalement agricoles, c'est-à-dire non producteurs de pétrole, ne disposant pas d'importantes ressources minières et n'étant pas passés à un stade industriel, il apparaît selon la FAO que les termes de l'échange s'étaient nettement dégradés ces dernières décennies. A titre d'exemple, les termes de l'échange des produits agricoles africains étaient passés, en prenant 100 comme référence en 1890, de 185 en 1960 à 85 en 2000.

Autres exemples

Cette mesure de la dégradation se heurte à des difficultés. Si les produits exportés par les pays en voie de développement ont peu changé, ceux des pays développés se sont énormément perfectionnés. Quand est mesuré la dégradation des termes de l'échange, on compare par exemple le nombre de sacs de café nécessaires à l'obtention d'une Jeep en 1960 et en 1990. Le problème est que les produits sont toujours difficilement identiques. La Jeep change : elle devient moins facile à réparer soi-même (les premières Jeep étaient extragénéralement simples), plus adaptée aux infrastructures complexes des pays industrialisés, qui sont elles-mêmes de plus en plus dépendantes en matières premières (Rapport Bringezu & Schütz [1]) etc. alors que l'usage du café s'est étendu - le café est devenu plus désiré.

Seules les matières premières énergétiques échappent à ce phénomène.

En 1992, l'indice des prix réels des matières premières non énergétiques était à son plus bas historique.

Exportations agricoles : rapport de la FAO de 2004

De même, voici une citation de ce rapport qui concerne la période 1961-2002 : «Quoiqu'il puisse être complexe de confirmer et de quantifier une tendance mondiale à long terme au moyen de données statistiques, il ne fait aucun doute que les termes de l'échange des exportations agricoles de nombreux pays en développement se sont nettement dégradés»[5] «L'Afrique subsaharienne est la région qui a le plus souffert de la dégradation des termes de l'échange. Depuis les années 1970, cette dégradation a entraîné une réduction importante du pouvoir d'achat de la totalité des exportations de produits de base africains. Les estimations de la Banque mondiale montrent qu'entre 1970 et 1997, la dégradation des termes de l'échange a coûté aux pays d'Afrique non exportateurs de pétrole l'équivalent de 119 pour cent de leur produit intérieur brut (PIB) combiné annuel en recettes perdues.»[5]

En fait pour permettre de maintenir ou d'augmenter la valeur réelle des recettes d'exportation, certains pays PMA non exportateurs de pétrole ont essayé de compenser la baisse des termes de l'échange avec une augmentation de volume d'exportations. Mais l'évolution des termes de revenu a varié aussi : les PMA n'ont pas pu augmenter leurs recettes d'exportation et l'augmentation des prix des produits importés a augmenté l'érosion de leur pouvoir d'achat. En valeur réelle, les recettes d'exportation des produits agricoles des PMA ont baissé de plus de 30 pour cent au cours de la même période.

Explications et implications théoriques de la TSP

Une explication couramment admise pour la TSP est l'observation que l'élasticité de la demande pour les biens manufacturés est plus grande que pour les produits primaires, particulièrement la nourriture. C'est-à-dire que lorsque les revenus augmentent, la demande pour les biens manufacturés augmente plus que pour les produits primaires.

Des économistes considèrent la thèse de Singer-Prebish importante car elle implique que c'est la structure même du marché qui est responsable de l'existence de cette inégalité dans le dispositif mondial.

Cela procure un argument contradictoire intéressant comparé à l'interprétation néo marxiste de Wallerstein sur l'ordre mondial, qui pose par défaut les différences dans les relations de pouvoir entre le cœur (pays développés) et la périphérie comme la cause principale de l'inégalité économique et politique. En tout cas, la TSP a connu un haut degré de popularité dans les années 1960-70 avec les économistes néo marxistes du développement et a apporté une justification pour les politiques menées facilitant l'industrialisation de substitution de l'importation[6] (ISI) et l'expansion du rôle des échanges avec l'utilisation des achats à terme[7] comme outil pour le développement.

Conséquences

Cet effet de ciseau entre baisse des revenus d'exportation et hausse des achats explique l'effondrement dans les années 1980 et 90 de pays du sud qui avaient basé leur développement sur les matières premières (en particulier, la Côte d'Ivoire avec le cacao ou le Brésil avec le café).

La détérioration des termes de l'échange a spécifiquement affecté les pays d'Afrique noire, et dans une moindre mesure, d'Amérique centrale et du Sud. Dans ces pays, la détérioration des termes de l'échange a même amené à un sous développement : les pays s'appauvrissent au lieu de se développer, la totalité des terres agricoles étant fréquemment monopolisées pour des cultures d'exportation, qui ne permettent plus à la population de se nourrir, sans pouvoir importer pour tout autant les produits de première obligation. Cette situation est dénoncée surtout par le mouvement de l'altermondialisme.

Le renouvellement de l'analyse au XXIe siècle

Ces dernières années la forte croissance chinoise a entrainé une hausse du prix des matières premières accompagné d'une baisse du prix des produits manufacturés.

L'analyse perd ainsi aujourd'hui de sa pertinence avec

De plus en plus de pays dits moins avancés offrent des exportations mixtes.

Une partie de l'Afrique et qui plus est rares pays d'autres continents peuvent cependant être reconnus comme toujours concernés (comme l'indiquait le rapport de la FAO). De ce point de vue de la géo économie une forte phase de transition semble engagée comparé à ce phénomène de dégradation des termes de l'échange.

Cependant les enjeux de long terme montrent que les ressources naturelles consommées sont pour partie non renouvelables. Le bas coût obtenu dans les pays exportateurs peut être vu comme une sorte de "dumping écologique" c'est-à-dire que le prix ne tient pas compte d'un épuisement des ressources. L'analyse de la dégradation des termes de l'échange débouche ainsi sur le concept de "Dette écologique". C'est une dette en nature qui peut être traduite en monnaie.

Contre-politiques

En particulier deux types de pays moins avancé ont échappé à la dégradation, ou alors perfectionné leurs termes de l'échange :

Un cas extrême : la croissance appauvrissante

En 1958, l'économiste indo américain Jagdish Bhagwati a montré que la croissance de la production induite par l'ouverture au commerce mondial pouvait se révéler appauvrissante pour le pays accroissant ses exportations[8]. En effet dans ce cas limite, il est envisageable d'avoir une «croissance appauvrissante» : la hausse de la production entraîne une dégradation des termes de l'échange sur les marchés mondiaux, dégradation provoquant une perte de revenu que la hausse du volume des ventes ne parvient pas à compenser si quoique le pays se retrouve à produire plus pour gagner moins. Dans ce cas des mesures tout aussi paradoxales telles que des taxes à l'exportation peuvent être profitables. Pour Jagdish Bhagwati ce paradoxe dérive le plus fréquemment d'un dysfonctionnement des marchés qui ne serait qu'augmenté par le libre-échange.

«Parce que le libre-échange consiste principalement à augmenter l'étendue de vos possibilités, comparée à l'autarcie ou au commerce restreint d'un petit pays. Si c'est le cas, il est évident que vous pouvez recueillir des exemples […] où le libre-échange est désavantageux comparé à l'autarcie»[9]

La réponse de Bhagwati à ce paradoxe est qu'il faut opter pour une politique correcte associant le libre-échange et la lutte contre les distorsions du marché national.

Les hypothèses de cet effet sont rares sans pour tout autant être impossibles à remplir. On peut distinguer trois conditions :

  1. le pays exportateur est "faiseur de prix" ("price maker") et se trouve dans la possibilité d'influencer à lui seul les prix mondiaux
  2. le produit exporté est caractérisé par une faible élasticité prix, c'est-à-dire que quelle que soit la demande son prix fluctue peu ou particulièrement peu. L'offre détermine alors le prix et la demande s'adapte, l'effet volume ne compense pas la dégradation de la valeur des exportations
  3. la croissance du pays exportateur est biaisée en faveur du facteur intensif dans le bien exportable du fait d'une forte croissance démographique par exemple

Ce théorème peut s'appliquer à certains PED exportateurs de produits primaires :

  1. peuvent s'avérer être en position de faiseur de prix sur le marché des produits primaires
  2. peuvent avoir une croissance biaisée en faveur du facteur intensif dans le bien exportable du fait d'une forte croissance démographique
  3. occasionnellementil peut y avoir une faible élasticité prix de leurs exportations

Et même sous ces hypothèses, l'exemple des PED connaît deux limites :

  1. les PED restent de petits pays en ce qui concerne leurs importations ce qui veut dire que l'effet est nul sur le prix de leurs importations
  2. seul un petit nombre de pays en voie de développement peut vraiment être reconnu comme faiseur de prix

L'aspect restrictif de toutes ces conditions amènent à minimiser le concept de croissance appauvrissante.

Notes et références

  1. Remarque : La Chine et l'Inde ne font plus partie de ces catégories.
  2. windfall selon les termes de Singer - ref : (en) Singer, Hans (1998) The South Letter (30) "The Terms of Trade Fifty Years Later - Convergence and Divergence"
  3. Source : Encyclopædia Universalis, «Echange (Termes de l')»
  4. rapport du conseil économique et social des NU
  5. ab rapport de la FAO situations des marchés agricoles en 2004
  6. voir (en) Import substitution industrialization
  7. achats à terme : trad de commodity futures
  8. Bhagwati est d'autre part un des plus fervents défenseurs du libre-échange : J. Bhagwati, «Immiserizing Growth : A Geometric Note», Review of Economic Studies, 1958
  9. Jagdish Bhagwati, Eloge du libre-échange, Editions d'Organisation, 2005, p. 37

Voir aussi

Liens externes

Filmographie

Bibliographie

Recherche sur Amazone (livres) :



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