Économie et humanisme

Économie et humanisme est une association française d'origine catholique, fondée en 1941 par Louis-Joseph Lebret, qui a développé un concept d'économie humaine.



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  • Économie et Humanisme : Économie et Humanisme est une association fondée en 1941 qui combine les recherches et les idées à l'action concrète pour un... (source : doc-iep.univ-lyon2)

Économie et humanisme est une association française d'origine catholique, fondée en 1941 par Louis-Joseph Lebret, qui a développé un concept d'économie humaine. Elle a mené, depuis Lyon (département du Rhône, région Rhône-Alpes, France) des travaux d'études sur le développement, les politiques et pratiques sociales, l'emploi, la coopération et la solidarité mondiales. Elle a aussi eu une activité de publication, de formation et d'animation de débats. Elle cesse de fonctionner en octobre 2007.

Un mouvement d'économistes chrétiens

L'association Économie et humanisme (E&H) fut fondée à Marseille (Bouches-du-Rhône, France) en 1941 par un prêtre dominicain breton, Louis-Joseph Lebret (1897-1966). Elle s'installe dans la banlieue lyonnaise dès 1943.

L'association veut faciliter, à destination des chrétiens, la rencontre entre l'économie politique et la doctrine sociale de l'Église catholique ; d'emblée déclarée comme spiritualiste mais non-confessionnelle, elle veut aussi élaborer avec et pour tous une «économie humaine» compatible avec les exigences de la justice.

Les fondateurs sont L. -J. Lebret, qui s'est occupé de l'action spirituelle auprès des jeunes marins ; René Moreux qui suit la transformation des centres mondiaux de production ; Jean-Marius Gatheron, économiste, spécialiste des relations entre l'agriculture et l'industrie ; François Perroux, économiste qui s'attache aux changements dans les institutions politico-économiques de l'ancien et du nouveau monde ; Gustave Thibon, paysan philosophe ; Edmond Laulhère, un artisan inventeur ; Alexandre Dubois, chef d'une entreprise métallurgique.

Des contacts avec Vichy à la théologie de la Libération

Le groupe établit des contacts, qui seront critiqués ensuite, avec le régime de Vichy, attiré par la place donnée dans son idéologie à la "communauté". Il s'associe aux travaux de militants de l'École des cadres d'Uriage ainsi qu'à la communauté de travail Boimondau. À la Libération, il se rapproche des formations démocrates chrétiennes puis débat longuement de sa relation avec le marxisme, ce qui sera source du départ en 1950 d'Henri Desroche, partisan d'un dialogue plus approfondi.

Entre 1945 et 1950, Économie et humanisme participe à une action sociale de terrain, diffuse une revue (Économie et humanisme, lancée en 1942), forme une maison d'édition, établit une librairie à Paris et met en place des équipes locales dans une vingtaine de villes de France. Raymond Delprat, qui a rejoint le mouvement en 1943, devient directeur du centre d'études et de la revue.

Le père Lebret fait de nombreuses missions en Europe et en Amérique latine, participant aux débats autour de la mission ouvrière et avec le catholicisme progressiste influencé par le marxisme. "Économie et humanisme" devient le pôle d'un tiers-mondisme catholique.

L. -J. Lebret devient expert en développement pour de grandes organisations mondiales et conseiller de responsables politiques. Pour développer une action de formation, il fonde à Paris l'Institut mondial de recherche et de formation en vue du développement harmonisé (IRFED).

Après le décès en 1966 de L. -J. Lebret, Économie et humanisme lance des recherches sur la sociologie du travail, l'économie des services, la politique de la ville. Le groupe poursuit des travaux sur l'Amérique latine, l'Afrique ou l'Asie.

L'association se concentre sur Lyon ; elle dispose de groupes à Belfort et Montbéliard (Franche-Comté) ainsi qu'en Savoie. Elle organise, à partir de 2000, comme elle l'avait fait régulièrement de 1950 à 1975, des sessions d'été.

En 2007, elle a pour président Jean Vidaud, ancien responsable d'une entreprise de matériels de travaux publics puis d'un groupe de tourisme social. Il a succédé en 2004 à Denis Clerc, journaliste, ainsi qu'à Gérard Sarazin.

En octobre 2007, l'association est positionnée en liquidation judiciaire après un dépôt de bilan ; elle cesse son activité. La dernière parution de la revue trimestrielle Économie et humanisme éditée par l'association porte le numéro 382 et est datée d'octobre 2007. Ce numéro comprend un dossier sur la participation des citoyens, promesse de développement. Un site ressources donnant la possibilité la consultation des articles de la revue est en cours d'élaboration. Certains membres de l'association forment un "Comité de pilotage du manifeste Économie et humanisme".

Une partie de l'équipe salariée (Vincent Berthet, Frédérique Bruyas, Laurence Fillaud-Jirari, Elodie Maire) a rejoint la coopérative d'activités et d'emploi Cap-Services à Lyon (Rhône). Le groupe a pris l'expression Développements et Humanisme, s'appuyant sur un conseil d'orientation composé d'universitaires, d'élus et de militants associatifs.

Les manifestes

Économie et humanisme a publié cinq manifestes, entre 1942 et 2006, qui sont essentiellement une affirmation de valeurs mais également quelquefois un programme d'action.

1942 : mise en avant de l'idée communautaire

Dans le manifeste de 1942, les fondateurs se déclarent «rejetant tout dispositif préconçu, toute théorie abstraite, mais [s']appliquant avec loyauté, à l'étude des faits économiques initiaux, ceux qui émanent directement de l'homme ou le rejoignent dans sa personnalité même». Ils estiment que leur «long cheminement parallèle aboutit, à [leur] rencontre dans le désordre même du désastre national, au plus fort de la bousculade tragique de la défaite militaire et de la débâcle civile.» Ils considèrent que leurs échanges d'idées «fortifient [leurs] assurances et [leur] donnent avec l'enthousiasme la conviction de la fécondité d'un travail d'équipe appliqué à la recherche d'une économie humaine en équilibre dynamique.»

Les fondateurs opposent «la force de l'idée communautaire» (appuyée sur le corporatisme) en regard de «la faillite massive, éclatante, constatée par tous des dispositifs adverses qui se sont révélés impraticables au bout d'un temps particulièrement réduit : moins d'un siècle pour le capitalisme, quelques années pour le socialisme.»

1959 : la recherche action, vecteur de la solidarité

Le manifeste de 1959 s'intitule «Pour une civilisation solidaire». Il considère que «le problème de la matérialisation du monde est probablement le problème le plus grave de notre temps. Cette matérialisation était inéluctable devant le choc apporté aux civilisations par les progrès scientifiques et techniques. Il est , au demeurant, injuste d'en rendre responsable, de façon simpliste, le capitalisme, les socialismes ou le communisme.»

Pour L. -J. Lebret, qui signe le manifeste, «le social et l'économique ne peuvent être scindés ; il ne s'agit pas de plaquer un social correctif, palliatif, sur une économie génèrant de soi le mal humain; il s'agit de préconiser et de chercher à mettre en place un régime économique totalement social et totalement personnaliste en même temps que particulièrement différencié dont l'objectif soit la montée humaine universelle, c'est-à-dire, selon l'expression chère à François Perroux, de tout l'homme et de l'ensemble des hommes.»

S'estimant «au service des ouvriers», "Économie et humanisme" se fixe un dessein de recherche et action.

1976 : orientation vers les plus faibles

Le manifeste de 1976, le premier non préparé par L. -J. Lebret, se prononce «pour une Humanité libérée». Il dénonce «un prétendu ordre social qui crée l'inégalité, l'injustice et le désordre humain» et propose de «construire de nouvelles formes d'interdépendance et de solidarité, respectueuses de l'autonomie des groupes et des pays les plus faibles.»

Le manifeste est signé par de nombreuses personnalités dont Jacques Chonchol, Vincent Cosmao, Jean-Marie Albertini, Charles Antoine, Gabriel Arnaud, Eugène Descamps, Guy Belloncle, Gérard Esperet, Jean-Michel Belorgey, Giulio Fossi, Roger Garaudy, André Jeanson, André Chomel, Hugues Puel, Jean Rous ou Ignacy Sachs.

1995 : la prise de conscience écologique

Le manifeste de 1995 se veut une «plateforme pour un monde responsable et solidaire». Il postule que «la stratégie à inventer pour assurer notre survie et notre épanouissement doit respecter à la fois cette unicité qui nous lie et cette diversité qui nous enrichit.»

Pour E&H, «la liberté des échanges et la science (…) sont actuellement trop fréquemment reconnus comme des fins en soi». Les rédacteurs proposent alors une série de principes : de sauvegarde, d'humanité, de responsabilité, de modération, de prudence, de diversité et de citoyenneté. Il faut mettre en place à l'échelle de la planète «de nouveaux mécanismes de solidarité et de redistribution.»

Cinq programmes mobilisateurs sont suggérés pour répondre aux «défis planétaires urgents». Ils concernent l'eau, l'énergie, les sols, la réhabilitation de régions profondément dégradées et la conversion des industries d'armement.

Le manifeste de 1995 est lié à l'appel relayé par la Fondation Charles-Léopold Mayer pour le progrès de l'Homme «pour un monde responsable, pluriel et solidaire.»

2006 : l'humanisme, un combat intérieur

Les rédacteurs du manifeste de 2006 se définissent comme «Citoyens d'une humanité fragile» et affichent leur espérance, fondée sur leur «confiance dans les ressources de la personne humaine». Pour eux, «la composante économique de la vie en société est dominée par une vision dogmatique fermée qui nous entraîne dans une série d'impasses. Elle impose de redéfinir les liens entre l'économie et l'humanisme.»

E&H considère que «l'humanisme de Jaurès vaut celui de Martin Luther King ou d'Averroès» et qu'il «inspire actuellement un double mouvement de résistance et d'engagement : résistance à la violence, qu'elle vienne de pouvoirs illégitimes ou abusifs, ou bien d'une économie mal maîtrisée qui exclut des populations tandis qu'elle aurait les moyens de leur permettre d'accéder à une vie de dignité ; résistance aux fausses solutions du terrorisme et de la guerre entre nations et groupes sociaux ; engagement dans les initiatives de recherche de paix, de construction de structures plus justes, de mise en œuvre d'un développement consciente de l'avenir.»

Les héritiers de L. -J. Lebret estiment que «l'humanisme nomme à un combat de la pensée contre les dogmatismes et les déterminismes ; à un combat en nous-mêmes dans la remise en cause de nos pratiques individuelles et collectives ; à une implication active dans le devenir de la cité.»

Ils tracent quatre chantiers : les régulations éthiques de la vie économique ; l'entreprise, lieu social de création de richesse, où se nouent les questions de justice, de solidarité et de responsabilité ; les territoires, dans lesquels le développement humain, le lien social, la démocratie vécue doivent être à portée du citoyen ; l'échange mondial, dans ses dimensions de développement harmonieux des économies, de dialogue entre cultures et civilisations, de diffusion des idées et de prise en compte des phénomènes de migrations et de leurs causes.

En dehors de la France

L'Université Santo Tomàs de Bogota (Colombie) abrite un Centre universitaire «Economía y Humanismo, Luis José Lebret O. P.».

L'Université du Québec à Montréal (Québec, Canada) a créé en l'an 2000 une chaire «économie et humanisme» qui est rattachée à l'École des sciences de la gestion. Elle a démarré ses activités en 2002. Elle est devenue en 2006 la "Chaire de la responsabilité sociale de l'entreprise et du développement durable"

Bibliographie

Publications

Pour en savoir plus

Voir aussi

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