Économie solidaire

Sous le terme d'économie solidaire se regroupent un certain nombre de mouvements et concepts différents. Quoique le terme fasse actuellement débat, il recouvre, en plus des théories, des réalités de terrain.



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Page(s) en rapport avec ce sujet :

  • Depuis longtemps la monnaie est la valeur d'échange économique reconnue.... L'économie solidaire est présente partout où on promeut la recherche du bien... (source : pole-economie-solidaire21)
  • Dans l'économie solidaire, prévaut le droit des communautés et des nations à la... de change et l'émission responsable de monnaie nationale pour éviter toute activité... la principale valeur de l'économie solidaire est la souveraineté... (source : base.d-p-h)
  • L'économie solidaire est née au départ pour combler les manques du dispositif actuel : pénurie... monnaie sociale, femmes et économie, politiques publiques.... (source : aloe.socioeco)

Sous le terme d'économie solidaire se regroupent un certain nombre de mouvements et concepts différents. Quoique le terme fasse actuellement débat, il recouvre, en plus des théories, des réalités de terrain. L'économie solidaire est le plus souvent reconnue comme appartenant au secteur de l'économie sociale et solidaire[1]. Cependant la première se réfère plutôt à des organisations identifiées par leur statut et occupant une place importante dans la vie économique (banques, mutuelles, etc. ) et la seconde à des activités visant à expérimenter de nouveaux "modèles" de fonctionnement de l'économie, tel le commerce équitable ou l'insertion par l'activité économique.

L'origine de la mouvance solidaire remonte au XIXe siècle[2] (mouvement coopératif). L'économie solidaire telle qu'elle est vue aujourd'hui possède plusieurs formes[3], certaines concrètes, qui vont du commerce équitable aux réseaux locaux d'échange.

Dans l'agriculture

Ces formes de l'économie solidaire sont principalement représentées par les actes de Commerce équitable, et par diverses formes de relations directes entre producteurs et consommateurs. À ce dernier sujet, citons les AMAP, ou Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne, qui visent à préserver l'existence de fermes de proximité dans une logique d'«agriculture durable», c'est-à-dire une agriculture paysanne, "socialement équitable" (fixation d'un prix «juste») et "écologiquement saine" (cf. la charte de l'agriculture paysanne). Un groupe de consommateurs (comprenant 40 à 60 citadins) s'engagent à soutenir un maraîcher en préfinançant sa récolte pour l'aider à effectuer des investissements sur son exploitation et lui permettre d'avoir des débouchés assurés. Les consommateurs s'engagent aussi à venir aider à la ferme (ramassage de pommes de terre, désherbage, construction de serre, ... ). Cette initiative participe de l'économie solidaire et entend soutenir une agriculture respectueuse de l'environnement par opposition à l'agriculture intensive qui s'est développée en France depuis 50 ans et critiquée pour ses effets potentiels sur l'environnement ou l'alimentation.

Dans de nouvelles formes d'échange innovantes (monnaie locale complémentaire)

Ces formes d'économie solidaire font appel à des concepts monétaires d'utilisation locale, à la fois différents du concept de monnaie tel qu'il est pratiqué dans le cadre du capitalisme libéral et proche de lui étant donné qu'il s'agit de monnaies privées. En effet leur création n'est pas soumise à l'accord d'un organisme unique et étatique. Une particularité est cependant que ces instruments de paiement sont décrits comme «gratuits » (i. e. leur prêt n'est pas soumis à l'intérêt) et «libres »

Les SEL

Parmi les actions relevant de ce type d'économie à monnaie complémentaire, il y a en tout premier lieu les Dispositifs d'échanges locaux, ou SEL (en anglais LET's :Local Exchange Trading Systems). Certains d'entre eux, tel que le Barter's Club ou Ithaca aux États-unis sont idéalement intégrés au dispositif capitaliste majoritaire, payent des taxes sur leurs échanges, et proposent même une conversion de leur monnaie propre en monnaie nationale.

L'intérêt de ces SEL ou LET's est de faciliter les échanges commerciaux locaux, en suppléant par leur monnaie locale le manque ou le coût de l'argent national. Le fait que les échanges au sein de ces réseaux ne soient généralement pas soumis au régime fiscal national, car il n'y a pas de réel décompte des valeurs échangées, incite quelquefois les autorités locales à penser que certains échanges s'apparentent à de l'évasion fiscale. Parallèlement, certaines entreprises estiment que les SEL sont un dispositif de concurrence déloyale, pour les mêmes raisons (pas de charges sur les «salaires» versés en monnaie complémentaire, pas de taxes sur les échanges, etc). Donc, les SEL sont le plus souvent tolérés par les administrations fiscales, à condition de rester de modestes structures d'entraide citoyenne.

Historiquement, les dispositifs à monnaie complémentaire ont été plusieurs fois appliqués par des communautés sous autorités officielles (communes, cantons, ou leurs équivalents à l'étranger, par exemple Lignières en Berri (France, 1956) ; Marans (France, 1958) ; Wörgl (Autriche, 1933) ; Schwanenkirchen (Allemagne, 1931) ). À chaque fois cependant, les États concernés ont fait cesser l'expérience, malgré le perfectionnement ressentie par les populations dans leur capacités à commercer, en constatant ce qui était à leur yeux une fraude fiscale (manquement aux paiements des droits et taxes sur le travail).

Cependant, le concept renaît périodiquement, et en Allemagne en 2004, il existe une dizaine de monnaies régionales, avec jusqu'à l'équivalent de 20 000 euros en circulation pour une seule valeur. La Bundesbank regarde ces monnaies d'un œil toujours bienveillant, ce qui incite certaines caisses d'épargne (p. ex. la Sparkasse de Delitzsch-Eilenburg en Saxe) à rechercher des partenaires commerciaux intéressés à l'émission d'une monnaie complémentaire qui serait gérée par la caisse elle-même.

Autres projets de monnaie

Une autre voie de l'économie solidaire avec monnaie complémentaire est celle de la double monétarisation, proposée par J. -M. Flament, avec le dispositif du robin[4]. Le robin est une monnaie qui se gagne au cours d'actes solidaires et /ou philanthropiques, et qui est indispensable pour obtenir le meilleur de la richesse proposée par la communauté, l'idéal étant d'être peu ou prou aussi riche en robin qu'en monnaie nationale. Le robin se veut, dans l'esprit de son inventeur, un moyen de pacifier ce qu'il estime être le «capitalisme sauvage», en facilitant l'action solidaire.

On peut aussi mentionner le Projet SOL, suggéré par Patrick Viveret, conseiller à la Cour des Comptes. Le projet a démarré en mars 2006 dans trois régions de France. Il vise à promouvoir les transactions entre acteurs de l'économie solidaire.

André-Jacques Holbecq propose aussi, dans son ouvrage «Une alternative de société : l'écosociétalisme» [5] un modèle économique et monétaire qui fait l'objet d'un développement complet basé sur le sociétalisme [6] dont il est aussi l'auteur.

Une prospective des monnaies solidaires a été proposée par Bernard Lietær dans son ouvrage "The Future of Money"

Dans les échanges internationaux : le commerce équitable

Défini comme un partenariat commercial entre importateurs et consommateurs de pays du Nord et producteurs "marginalisés" de pays du Sud, le commerce équitable revendique depuis de nombreuses années son appartenance à une économie solidaire, responsable ou encore durable, selon ses acteurs et son courant.

Pour une présentation du commerce équitable, on se réfèrera à l'article portant ce titre dans cette encyclopédie. Il faut juste souligner ici que l'affiliation du commerce équitable à une économie solidaire dépend de l'identité des acteurs concernés : en France, des fédérations comme Artisans du monde ou Minga revendiquent pleinement cette appartenance, tandis des opérateurs commerciaux comme Altereco ou Ethiquable préfèrent insister sur l'humanisation de la logique de marché, et par conséquent sur la notion de responsabilité.

Dans la finance et l'épargne

La finance solidaire participe pleinement de l'économie sociale et solidaire. Elle se distingue de la micro-finance en précisant ses objectifs : l'accroissement du capital social, alors que la micro-finance est quelquefois utilisé comme simple instrument individuel palliatif à l'exclusion d'une population pauvre ou sans garantie du dispositif bancaire.

L'épargne solidaire est une pratique consistant à s'assurer que son épargne est (ré) investie dans des activités relevant de l'économie sociale et solidaire. Elle se distingue ainsi de la finance éthique, qui se contente d'exclure les entreprises les moins responsables des fonds d'épargne.

Vers une économie d'un autre type

«Cohésion - solidarité - projet collectif», telles sont les valeurs de ce que doit être cette «Nouvelle Economie», qui se distingue du terme ayant émergé dans le cadre de la globalisation des échanges. En effet, elle est marchande dans la mesure où elle assure des services qui sont facturés, le prix peut tenir compte de la solvabilité du consommateur :
Dans le nord de la France, il existe une association qui propose un service de garde d'enfant, la prestation fluctue selon le quotient familial défini par la caisse d'allocations familiales (CAF).

Bon nombre d'échanges se font par le biais d'actions reconnues bénévoles (bien que se faisant avec contreparties), on peut citer des dispositifs d'échanges locaux (les SELs) ou les réseaux d'échanges réciproques de savoirs.

L'économie solidaire a une triple originalité : une organisation interne de type associatif, une finalité sociale et une hybridation de ses ressources (recettes marchandes, aides publiques et contribution du bénévolat).

Critiques

L'économie «solidaire» a surtout été critiquée par certains économistes et philosophes libéraux qui ont surtout soulevé le risque qu'elle ait l'effet inverse de celui recherché, à savoir l'appauvrissement de tous et la dégradation des conditions de vie. Ainsi, l'économiste libéral Milton Friedman souligne que vouloir faire d'une entreprise autre chose que ce qu'elle est , à savoir une entité dont la finalité est de faire du profit, c'est obtenir l'effet précisément inverse : la pauvreté généralisée. Il résume cela de façon lapidaire en «la seule responsabilité sociale de l'entreprise c'est faire du profit»[7]. Ignorer les règles élémentaires de l'économie, c'est pour Friedman décourager l'effort et nuire en particulier aux plus pauvres, en défendant les positions de ceux qui sont riches actuellement.

Dans La Révolte d'Atlas (1957), la philosophe Ayn Rand adopte une position proche, soulignant que vouloir ignorer les règles de base de l'économie au profit d'objectifs «sociaux» ou «solidaires» c'est aller à la catastrophe selon elle . Elle dépeint ainsi une usine dont les dirigeants décident de fonctionner suivant les principes d'une économie sociale ou solidaire, ce qui débouche sur le chômage et la pauvreté pour tous : plus aucune incitation n'est là pour motiver les travailleurs et la rémunération non au mérite mais selon les besoins a fait fuir les plus compétents tout en introduisant la jalousie et la haine[8].

Plus il y a peu de temps, l'économiste libéral Pascal Salin soulignait dans Libéralisme (2000) que l'«économie sociale» ou sa composante «solidaire» ne permette pas à ses yeux un exercice clair des responsabilités individuelles et entrainaient une déresponsabilisation nuisible à tous car la liberté individuelle ne trouve plus sa contrepartie indispensable dans la responsabilité. Il rédigé ainsi : «On ne peut pas dire qu'il existe différents modes d'organisation de la responsabilité sociale (ou responsabilité à l'égard d'autrui)  ; il y en a un seul : la définition des droits de propriété. Le marché en est la résultante éventuelle, mais ni indispensable ni suffisante. S'il est fondé sur des droits de propriété, il est alors l'unique dispositif d'échange qui repose effectivement sur la responsabilité. Le secteur associatif, par exemple, l'économie sociale, si à la mode, sont des structures floues qui ne permettent pas l'exercice correct des responsabilités.»[9]

Références

  1. C E G E S
  2. Alternatives Economiques Pratique n°22, Janvier 2006
  3. Alternatives Economiques Pratique n°22, Janvier 2006
  4. (fr) cf. à ce propos un site présentant le dispositif robin.
  5. Ed. Yves Michel, 2005 et version web
  6. Présentation du sociétalisme sur le site wiki du sociétalisme
  7. Un œil libertarien sur la RSE, la responsabilité sociale de l'entreprise, Québécois libre
  8. Ayn Rand, Atlas Shrugged, Signet Book, ISBN 0451191145
  9. Pascal Salin, Libéralisme, Odile Jacob, 2000, ISBN 9782738108098, pp. 105-106

Bibliographie
  • Laville J. -L., L'économie solidaire. Une perspective mondiale, Hachette, 2007.

Liens externes

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