Philosophie naturelle

La philosophie naturelle ou philosophie de la nature, connue en latin sous le terme philosophia naturalis, est une expression qui s'applique à l'étude objective de la nature et de l'univers physique qui régnait avant le développement de la science moderne.



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La philosophie naturelle ou philosophie de la nature, connue en latin sous le terme philosophia naturalis, est une expression qui s'applique à l'étude objective de la nature et de l'univers physique qui régnait avant le développement de la science moderne (Galilée). Habituellement alliée à la théologie naturelle, elle désignait jadis la totalité des sciences astronomique, physique, chimique et biologique. La philosophie naturelle se distinguait de la philosophie morale, qui désignait non seulement la morale et l'éthique, mais également la théorie de la connaissance, la psychologie, la sociologie, la politique, l'esthétique, etc.

Étymologie

Le mot nature dérive du latin, qui a le même sens.

Le mot physique a comme étymologie le mot grec phusikê, qui veut dire science de la nature.

Au XIIe siècle, quand le mot est apparu en français ancien, la physique avait un double sens : médecine, et science de la nature (ex : un médecin en anglais est un physician).

À partir de la fin du XVe siècle, le mot physique a désigné science des causes naturelles. Les chaires de philosophie naturelle établies dans les anciennes universités créées au XIIIe siècle, comprenaient la totalité des sciences de la nature, selon un corpus universitaire qui reposait sur la philosophie d'Aristote.

XVIIe siècle : Transformation de sens

Le mot physique a pris son sens moderne, qui est plus restreint que le sens originel, à partir du XVIIe siècle (Galilée, Descartes), et en particulier de la physique classique qui est née avec Newton. Le mot physique est employé dans son sens actuel depuis 1690 (Petit Robert).

Des formes de science se sont développées historiquement à partir de la philosophie, ou de ce qu'on considérait comme philosophie naturelle dans leur contexte historique. Dans les anciennes universités, sont occupées aujourd'hui essentiellement par des professeurs de physique. Les notions que nous avons de la science et des scientifiques datent uniquement du XIXe siècle. Avant cette époque, le mot "science" signifiait simplement connaissance (science et savoir ont la même étymologie) et le "label" de scientifique n'existait pas.

Ce qui marqua un tournant dans les mentalités, ce fut le fameux procès de Galilée (1633), et la réaction philosophique de Descartes. Ce dernier écrivit, dans son non moins fameux Discours de la méthode (1637), que l'homme devait se «rendre comme maître et possesseur de la nature».

Au tournant du XVIe et du XVIIe siècle, on commença à considérer que le traité scientifique d'Isaac Newton (1687) formait les principes mathématiques de la philosophie naturelle. Pourtant, Newton n'était pas un philosophe, mais "seulement" un scientifique. La révolution que forma la prise de conscience que la terre tournait autour du soleil (héliocentrisme), entraîna des changements de mentalités : on réalisa qu'il était envisageable d'expliquer ce phénomène par des équations exprimables en langage mathématique, grâce à des théories de calcul différentiel et intégral (voir révolution copernicienne pour la chronologie).

La philosophie naturelle était le terme dont l'usage précéda notre terme actuel de science dans le sens que, avant le remplacement du terme philosophie naturelle par celui de science, le terme science était employé exclusivement (et comparativement rarement) comme un synonyme de connaissance ou d'étude, et lorsque le thème de cette connaissance ou étude était l'œuvre de la nature, alors le terme philosophie naturelle était utilisé.

La science moderne (scientia en latin qui veut dire "connaissance") put acquérir le statut de philosophie naturelle quand la pure déduction, alliée aux méthodes inductives d'acquisition de la connaissance, parvint à établir des vérités sur les phénomènes naturels, sans l'appui de la Révélation (cf Descartes les Principes de la philosophie). Rappelons qu'en logique générale, qui repose sur les fondements philosophiques d'Aristote), l'induction fait partie des trois types d'inférence, avec la déduction et l'abduction. La méthode expérimentale, empirique par nature, s'appuie en grande partie sur de l'induction.

Depuis le XIXe siècle

Le terme a été ressuscité dans le contexte de la controverse sur la création et l'évolution par ceux qui étaient inquiets de ce que la science n'accepte pas les explications surnaturelles.

Parménide

La question de la Nature est posée par les philosophes présocratiques sous l'angle de la question de l'être. Parménide (fin du VIe siècle, milieu du Ve siècle av. J. -C. ) est la figure marquante de cette approche. Il écrivit un traité sur la nature (De la nature), qui est quasiment l'unique que nous ayons conservé. L'affirmation célèbre de Parménide, posant une vérité paralysante pour l'esprit : «l'être est , le non-être n'est pas»[1] pose la Nature comme ontologiquement intangible et éternelle. En effet : le non-être ne pouvant, par définition, être, comment l'être pourrait-t-il provenir de ce qui n'est pas ? Une reformulation plus expressive peut être : comment peut-il y avoir quelque chose à partir du néant ?. Cette affirmation ontologique, reposant sur une vérité logique principale, pose néanmoins la difficulté de l'appréhension de la Nature que nous avons par l'expérience : celle-ci est en effet gouvernée par le changement, l'apparition et la mort, et par conséquent par le passage d'un être au non-être.

Héraclite

La pensée d'Héraclite est l'extrême opposé de l'éléatisme de Parménide. Pour ce dernier, l'unité de l'être rend impossible la déduction du devenir et de la multiplicité ; pour Héraclite, au contraire, l'être est éternellement en devenir. Héraclite nie ainsi l'être parménidien. Les choses n'ont pas de consistance, et tout se meut sans cesse : nulle chose ne demeure ce qu'elle est , et tout passe en son contraire.

   « À ceux qui descendent dans les mêmes fleuves surviennent toujours d’autres et d’autres eaux. »
   (Fragment 12, Arius Didyme dans Eusèbe, Préparation évangélique, XV, 20, 2)

Tout devient tout, tout est tout. Ce qui vit meurt, ce qui est mort devient vivant : le courant de la génération et de la mort ne s'arrête jamais. Ce qui est visible devient invisible, ce qui est invisible devient visible ; le jour et la nuit sont une seule et même chose ; il n'y a pas de différence entre ce qui est utile et ce qui est nuisible[14] ; le haut ne change pas du bas, le commencement ne change pas de la fin :

Platon

Platon consacre son dialogue Le Sophiste à réfuter la thèse de Parménide, et démontrer la cœxistence de l'être et du non-être en introduisant les concepts de mouvement, de repos, d'autre, de même :

«L'ÉTRANGER — : Il s'ensuit par conséquent obligatoirement que le non-être est dans le mouvement et dans l'ensemble des genres; car, dans tous, la nature de l'être, en rendant chacun autre que l'être, en fait un non-être, en sorte qu'à ce point de vue nous pouvons dire avec justesse qu'ils sont tous des non-êtres et , par contre, parce qu'ils participent de l'être, qu'ils sont et ont de l'être.»

Une difficulté néanmoins demeure pour une approche Platonicienne de la Nature : il s'agit principalement d'une philosophie des Idées, ce qui pose la problème de la connaissance de la Nature en termes de connaissance de l'Idée de Nature. Là par conséquent où Parménide opère un réductionnisme ontologique de la Nature mais incorrecte à la compréhension de la diversité et des changement observables, Platon nous impose de voir au-delà de ce que nous offrent nos sens, et nous détache par conséquent de la Nature appréhendée dans la matérialité.

Aristote

La conciliation de ces deux approches (le positionnement dans le monde sensible et la considération du changement inhérent à la Nature) est opéré par Aristote dans la Physique. Cette œuvre présentée par Heidegger comme «le livre de fond de la philosophie occidentale»[2], initie en effet l'approche Métaphysique de la Nature. En effet la connaissance de la Nature pour Aristote consiste à connaître non pas les éléments (comme Parménide ou les physiciens : l'eau, la terre, le feu et l'air) mais les premiers principes : les causes premières. En cela il s'agit bien d'une métaphysique car la méthode consiste à partir de ce qui est premier pour nous, le donné sensible et les totalités qui s'offrent à nous, pour décourvrir ce qui est premier par nature, il s'agit de dépasser la connaissance de la nature telle qu'elle se donne à nous en essayant de déterminer ses fondements.

La Nature est un mode d'être

Aristote consacre les Chapitre 2 et 3 du Livre I à la critique des Philosophes de l'école d'Élée, les Éléates, parmi lesquels est Parménide. La chapitre 2 débute ainsi «examiner si l'étant est un et immobile, ce n'est pas examiner la nature»[3]. Il se poursuit par la problématisation des concepts de être et de un : chacun pouvant se comprendre de différentes façons. La critique directe faite à Parménide intervient dans le Chapitre 3. Aristote reproche à Parménide de concevoir l'être seulement comme une totalité, négligeant que l'être peut ussi se dire de ce qui compose cette totalité. On voit ici poindre le problème du rapport des composants de cette totalité. La Nature se laisse dès désormais appréhender comme mode d'être, comme un type spécifique d'être.

La Nature une finalité

La Nature pour Aristote est forme plus que matière.

Aristote

Ce grand philosophe de l'époque classique grecque a rédigé de nombreux traités sur la nature, qui conservent un certain intérêt. La tradition de la connaissance qui s'appuyait sur Aristote et la philosophie première (ou métaphysique) fut particulièrement décriée par Descartes et les positivistes, qui reprochaient essentiellement à la scolastique de ne pas avoir assez tenu compte des observations astronomiques sur le mouvement des planètes (voir Galilée). Néanmoins, la philosophie d'Aristote (et non ses traités de métaphysique où la terre est au centre de l'univers) comprend sans doute énormément de concepts intéressants actuellement : par exemple, elle ne limite pas la logique à de la pure déduction, mais inclut d'autres formes comme l'induction.

Albert le Grand (entre 1193 et 1206-1280)

Ce naturaliste et zoologue du bas Moyen Âge introduisit la philosophie grecque dans les universités occidentales au XIIIe siècle. La civilisation arabo-musulmane apporta énormément aussi à cette époque sur ce qui est en rapport avec les sciences naturelles : botanique, pharmacie...

Francis Bacon (1561-1626)

Ce philosophe (à ne pas confondre avec Roger Bacon) est à l'origine de propositions pour une approche bien plus curieuse et pratique de l'étude de la nature. La conception classique et générale de la logique a comme principal fondement l'Organum d'Aristote, et le nouvel accent mis sur l'induction et la recherche a comme référence le traité Novum Organum de Francis Bacon.

Francis Bacon fit carrière en droit et en politique, et contribua à de nombreux domaines du savoir : science, philosophie, histoire et littérature. Il s'opposa à la scolastique à une époque où celle-ci était en déclin. Il est reconnu comme le père de l'empirisme et de la méthode expérimentale moderne. Il rédigé dans le Novum Organum que la connaissance nous vient sous forme d'objets de la nature, mais que nous imposons nos propres interprétations sur ces objets. Selon Bacon, nos théories scientifiques sont construites selon la façon dont nous voyons les objets ; l'être humain est par conséquent biaisé dans sa déclaration d'hypothèses.

Robert Boyle (1626-1691)

Il écrivit ce qui est reconnu comme une œuvre phare sur la distinction entre nature et métaphysique nommée A Free Enquiry into the Vulgarly Received Notion of Nature. Ce livre, rédigé en 1686, marqua le point de départ de la transformation de la philosophie naturelle en science. Il représenta un démarquage radical comparé à la scolastique de son temps, en déclin à l'époque de Galilée. Tandis que des caractéristiques de la philosophie naturelle retenaient certains des intérêts de l'élite attachée à ses prérogatives, Boyle considéra qu'il était soutenable de considérer la philosophie naturelle comme empirique, étant donné que les tentatives antérieures pour décrire la nature n'étaient pas fondées. Une caractéristique importante qui distingue la science et la philosophie naturelle est le fait que les philosophes naturels de cette époque ne se sentaient pas obligés de comparer leurs idées avec la pratique. Au contraire, ils observaient les phénomènes et en déduisaient des conclusions "philosophiques".

John Locke (1632-1704)

Ce philosophe empiriste anglais est le fondateur de la philosophie politique. Son nom trouve cependant sa place en philosophie de la nature, étant donné qu'il fonda la philosophie politique sur la loi de la nature (traité law of nature).

Samuel von Pufendorf (1626-1691)

Les idées de ce philosophe du droit naturel sont à l'origine de la constitution des États-Unis d'Amérique.

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)

Cet amoureux de la nature (rêveries d'un promeneur solitaire) n'a pas formulé une philosophie de la nature selon des concepts rigoureux, néanmoins son influence sur le droit naturel a eu une influence énorme à l'époque des Lumières, en France et en Europe, ainsi qu'aux États-Unis.

René Dubos (1901-1982)

Cet agronome, biologiste, et écologue français émigré aux États-Unis, a participé aux travaux préparatoires du premier sommet de la Terre à Stockholm en 1972.

Gilbert Simondon (1924-1989)

L'œuvre de Gilbert Simondon est actuellement découverte - et progressivement publiée de façon posthume - comme l'une des plus grandes de la philosophie française au 20e siècle, et elle réhabilitait, dès 1958, autant la philosophie de la nature que la technique ou encore l'ressemblance, en précisant à chaque fois les conditions restrictives de telles réhabilitations.

Hans Jonas

Ce philosophe allemand, toujours peu connu en France, a défini une philosophie concernant l'impact de la technique sur la société (le Principe responsabilité, 1979), et sur les risques liés à l'activité humaine. Pour certains, il est à l'origine du principe de précaution. L'impact de sa philosophie est énorme sur les questions de développement durable, en particulier en Allemagne, où son ouvrage est le livre de philosophie le plus lu. Dans un ouvrage récent, le chercheur indépendant Jean-Christophe Mathias tente de lui donner ses lettres de noblesse dans l'hexagone, en expliquant les raisons pour lesquelles il a été mal interprété en France. [4]

Daniel Quinn

Voir aussi Daniel Quinn

Éco-philosophe et écrivain américain, a inspiré des mouvements se réclamant de lAnarchisme vert et pose quelques questions principales sur la nature animale de l'homme et les conceptions ambiguës de nature et de culture. Ses ouvrages sont des fictions proposant une relecture de l'ethnologie moderne inspirée des travaux de Claude Levi-Strauss et une version corrigée des arguments démographiques de Thomas Malthus. Fréquemment interprété comme un essayiste de l'Anarcho-primitivisme, il oppose cultivateurs et cueilleurs -chasseurs sans leur donner raison pour tout autant.

Dominique Bourg

Ce philosophe français a participé à l'élaboration de la charte de l'environnement (mars 2005). Cette charte a été voulue par le président de la République, Jacques Chirac.

Références

  1. Fragments (Parménide)
  2. HEIDEGGER, «Ce qu'est et comment se détermine la physis», in Questions II
  3. Traduction Pellegrin, édition GF Flammarion
  4. Jean-Christophe MATHIAS, "Politique de Cassandre", Sang de la Terre, 2009

Bibliographie

  • Jean-Hugues Barthélémy, Penser l'individuation. Simondon et la philosophie de la nature, Paris, L'Harmattan, 2005.
  • Philippe Roch, La Nature passionnément, entretiens avec Philippe Clot, Ed. Favre, 2008.

Voir aussi

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