Simplicité volontaire

La simplicité volontaire est un mode de vie consistant à diminuer volontairement sa consommation, mais aussi les impacts de cette dernière, en vue de mener une vie davantage centrée sur des valeurs "principales".



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Culture alternative - Décroissance - Altermondialisme - Comportement du consommateur

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Définitions :

  • La simplicité volontaire est un courant social qui regroupe des gens ayant choisi de simplifier leur existence pour privilégier une plus... (source : ciso.qc)
  • simplification de l'existence et mode de vie plus sobre pour une plus grande qualité de vie. Avantage : aisément compréhensible, moins... (source : eeudf)

La simplicité volontaire est un mode de vie consistant à diminuer volontairement sa consommation, mais aussi les impacts de cette dernière, en vue de mener une vie davantage centrée sur des valeurs "principales". Cet engagement personnel et/ou associatif découle de multiples motivations (voir section : Motivations) qui vont généralement accorder la priorité aux valeurs familiales, communautaires et/ou écologiques.

On peut trouver la trace de son origine en Europe dans les rédigés de Léon Tolstoï et de John Ruskin (Unto This Last), et en Amérique du Nord dans les rédigés de Henry David Thoreau (Walden).

Il est représenté, par exemple, par le mouvement des Compagnons de Saint François ou encore les Communautés de l'Arche de Lanza del Vasto, inspiré par Gandhi, lui-même inspiré par Thoreau et Ruskin. On le retrouve aussi au Québec, province du Canada, sous l'influence de penseurs comme Serge Mongeau et des éditions Écosociété.

Les précurseurs

Les philosophes cyniques prônaient déjà la simplicité dans l'Antiquité, ainsi qu'Épicure dont Bergson se réclame d'ailleurs explicitement. En effet, Épicure procède à une critique des besoins qui ressemble fort à celle proposée par la simplicité volontaire. Les deux pensées nous invitent à discerner l'indispensable du superflu, le naturel de l'artificiel, ainsi qu'à un retour vers la simplicité.

En Occident, les communautés monastiques furent les premières organisations de vie à choisir volontairement la frugalité ainsi qu'à pratiquer l'autosuffisance et même avant la secte des esséniens (adepte de l'alimentation crue). Saint François d'Assise, «l'unique parfait chrétien depuis Jésus» selon Ernest Renan, est aussi reconnu comme un modèle de simplicité volontaire.

En Orient, on trouve aussi de nombreux modes de vie (hindouisme, bouddhisme) prônant la simplicité volontaire. La vie de Gandhi est un exemple de simplicité.

Au XXe siècle

Plus il y a peu de temps, Ivan Illich et son ami Jacques Ellul sont reconnus comme deux des pères de l'idée de décroissance et de simplicité volontaire.

En 1936, on trouve pour la première fois l'expression «simplicité volontaire» (simple living) dans un article de Richard Gregg, un disciple de Gandhi, qui reprend les idées principales de ce dernier. Cet article passa inaperçu lors de sa première parution et n'eut d'impact que lors de sa réédition en 1974.

L'expression «simplicité volontaire» est connue depuis le livre du même nom publié en 1973 par Duane Elgin [1]. Ce courant se développe depuis les années 1980 dans plusieurs pays industrialisés.

La critique de la société de consommation développée par Hannah Arendt peut aussi être reconnue comme une source d'inspiration de la simplicité : dans Condition de l'homme moderne elle invite ainsi à laisser le travail dans le domaine privé pour laisser de la place à l'action politique dans l'espace public.

On peut ajouter comme une des voix actuelles de cette pensée, Pierre Rabhi, agroécologiste et écrivain.

Motivations

La simplicité volontaire consiste à rechercher le bonheur dans l'appréciation pour perfectionner la véritable «qualité de vie». Elle s'oppose par conséquent au discours économique et social dominant au XXIe siècle qui tend à considérer tout progrès technique et développement de la consommation comme des améliorations de la qualité de la vie. La philosophie de vie est née de l'opinion que la consommation n'apporte pas le bonheur et accroît l'aliénation.

Plus exactement, plusieurs motivations sont envisageables.

Éthique

Certains tenants de la simplicité volontaire prônent un retour à de «vraies richesses», opposées aux richesses matérielles. Ces vraies richesse peuvent être surtout la vie sociale et familiale, l'épanouissement personnel, la vie spirituelle, l'osmose avec la nature, etc.

Occasionnellemen, la simplicité volontaire consiste par conséquent en un sacrifice.

Dans d'autres cas, elle offre une autre voie vers le bonheur. Précurseur du concept, Henri Bergson a rédigé «Ce qui est beau, ce n'est pas d'être privé, ni même de se priver, c'est de ne pas sentir la privation». D'ailleurs, le philosophe français a rédigé dans le dernier chapitre de son dernier livre Les Deux Sources de la morale et de la religion un diagnostic de la surconsommation : «Jamais, en effet, les satisfactions que des inventions nouvelles apportent à d'anciens besoins ne déterminent l'humanité à en rester là ; des besoins nouveaux surgissent, aussi impérieux, de plus en plus nombreux. On a vu la course au bien-être aller en s'accélérant, sur une piste où des foules de plus en plus compactes se précipitaient. Actuellement, c'est une ruée» (1932). La simplicité volontaire se veut précisément comme une solution à cet engouement pour les produits de consommation que prévoit Bergson. En précurseur de ce courant, il précise les conditions de réalisation de cet parfait comme suit : «l'avenir de l'humanité reste indéterminé, parce qu'il dépend d'elle». Il faudrait par conséquent miser, selon Bergson, sur une éducation autorise la fois de comprendre l'impact de notre consommation grâce aux connaissances scientifiques ainsi qu'à la fois de développer notre goût pour des objets qui facilitent véritablement notre accomplissement personnel.

Économique

  • Une consommation toujours accrue conduit à des besoins financiers aussi accrus et par conséquent à un surcroît de travail pour se les procurer, ce qui peut générer, à l'inverse, du déplaisir chez certaines personnes (manque de temps pour soi, stress, mauvaise santé, dépendance à l'argent, etc. ). Dans cette optique, la philosophie de simplicité volontaire peut s'appuyer sur la théorie du consommateur en microéconomie, les courbes d'indifférence marquant les différents arbitrages entre surplus de travail et surplus de consommation, ou entre le plaisir induit par la consommation et celui induit par le temps libre (vie de famille, activités physiques, divertissements, etc. ).
  • Certains tenants de la simplicité volontaire estiment que, dans la société de consommation, on consacre son temps à gagner encore plus d'argent pour satisfaire des besoins matériels de plus en plus nombreux qui néenmoins ne seront jamais satisfaits à cause de leur renouvellement incessant, d'autant que ces besoins sont incités par la publicité surtout. Dans cette perspective, la quête du bonheur par la consommation est par conséquent une course sans fin dont ils préfèrent sortir.

Écologique

La simplicité volontaire constate que la consommation et la croissance ont des impacts négatifs sur l'environnement et ils craignent l'imminence de la crise écologique. Elle prône par conséquent la limitation de la consommation de biens matériels pour ralentir la destruction des ressources naturelles.

En reprenant l'exemple typique du refus de posséder une voiture, l'argent économisé peut être réinvesti dans un vélo électrique, des billets de trains ou la location de véhicules lorsque cela est indispensable. Et ainsi avoir les mêmes avantages qu'avec la possession personnelle d'un véhicule de tourisme à un prix peut-être semblable et avec un impact écologique peut-être moindre.

Autres motivations

  • Occasionnellemen, la simplicité «volontaire» serait en fait subie, mais ensuite assumée et reconnue comme une manière de raisonner ses envies consuméristes.
  • Elle peut aussi être reconnue comme une posture prise pour se fabriquer une image de marque, à l'instar de l'intellectuel qui refuse la télévision et affiche son mépris de la publicité et de la consommation.

Quoi qu'il en soit, au-delà de ces jugements moraux, le résultat est le même : une certaine modération profitable au bien-être commun (comme la "foi à la Pascal" : "on n'a rien à perdre". )

Pratique

La simplicité volontaire est une des composantes de la décroissance mais se situe avant tout dans le cadre de l'initiative individuelle et non des mesures collectives prises par la puissance publique.

Une appréhension globale de la consommation

La mise en œuvre est quotidienne, amenant à repenser son travail, sa consommation (voir le concept de consom'action), son alimentation, son habitat, sa santé, ses déplacements, ses vacances, ses loisirs, ses relations sociales, etc.

Les conséquences de chaque acte sont ainsi appréhendées de manière globale :

  • quel a été le coût de la fabrication (pour la planète, pour les droits de l'homme)  ?
  • quel est l'intérêt pour moi, ai-je principalement besoin de ce bien/service ?
  • à quel point cela me rend-il dépendant de l'argent (devrais-je travailler plus ? avoir moins de loisirs ?)

Une réappropriation individuelle de l'action politique

La simplicité volontaire est un modus vivendi développé dans des sociétés post-industrielles, pour la majorité occidentales à démocratie représentative. Quand l'individu a le sentiment que le pouvoir lui échappe ou que ses idées ne pourront parvenir au pouvoir, la mise en œuvre de la simplicité volontaire permet une action directe du citoyen sur son cadre de vie et l'espace public.

Critiques

La simplicité volontaire est critiquée par des penseurs qui soulignent les avantages en termes de qualité de vie apportés par le progrès matériel et l'impossibilité de «revenir en arrière» sauf à vouloir dégrader fortement le niveau de vie des populations. Ainsi, Bjorn Lomborg soutient que le progrès a permis de libérer dans les pays occidentaux une quantité extraordinaire de main d'œuvre, qui peut désormais servir à chaque homme pour s'accomplir : «Si nous devions revenir en arrière, il nous faudrait pour produire une énergie équivalente, pour chaque citoyen, en Europe occidentale, 150 "actifs de service", 300 aux États-Unis.»[2]

Drieu Godefridi du think tank libéral Institut Hayek estime que l'homme a combattu la faim dans le monde grâce à la mondialisation des échanges, néenmoins concomitante d'une hausse jamais vue de la population mondiale : «Les rapports successifs de l'Organisation des Nations-Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) en attestent : jamais tout autant d'êtres humains n'ont habité la planète ; jamais la proportion d'hommes souffrant de faim n'a été aussi faible»[3]

La simplicité volontaire est aussi critiquée par des penseurs de gauche qui considèrent qu'il est impossible de revenir à un mode de vie antérieure. Les marxistes, par exemple, répondent que c'est par l'organisation des masses de ceux qui profitent le moins de la société actuelle qu'une nouvelle société plus humaine peut être construite. Ils ne suivent pas les penseurs de la simplicité volontaire, car ils ne veulent pas échapper à la société, mais la transformer. Ils reprochent à la simplicité volontaire d'attirer avant tout ses adhérents des couches moyennes ou supérieures de la société.

A l'inverse, d'autres économistes, de tendance libérale, organisent des conférences en milieu universitaire pour promouvoir ce mode de vie. (cf p. ex. Emeline Bouvier à l'UCL en Belgique : http ://www. uclouvain. be/8323. html)

Notes et références

  1. Elgin, Duane. Voluntary simplicity : toward a way of life that is outwardly simple, inwardly rich / Duane Elgin. Rev. ed. New York : Quill, c1993.240 p.
  2. Bjorn Lomborg, L'écologiste sceptique
  3. Drieu Godefridi, Remarques sur la théorie de la décroissance, Institut Hayek, mars 2007.

Bibliographie
  • La Simplicité volontaire, ou comment harmoniser nos relations entre humains et avec notre environnement. Serge Mongeau, Éditions Québec Amérique. Montréal (1985)
  • La simplicité volontaire, plus que jamais…. Serge Mongeau. Éditions Écosociété. Montréal (1998)
  • L'ABC de la simplicité volontaire. Dominique Boisvert. Éditions Écosociété. Montréal (2005)
  • Vivre simplement pour vivre mieux - La simplicité volontaire en 130 conseils pratiques. Philippe Lahille. Éditions Dangles. (2009)
  • Découvrir les vraies richesses. Pistes pour vivre plus simplement. Pierre Pradervand. Éditions Jouvence. Genève (1996)
  • La Vie simple. Guide pratique. Pierre Pradervand. Éditions Jouvence. Genève (1999)
  • Comment atteindre la simplicité volontaire : une nouvelle façon de vivre sans artifices : se recentrer sur les choses vraiment importantes. Robert Dumoulin. Édimag. Montréal (2003)
  • Simplicité volontaire. Peut-on sauver la planète ?. Guy Samson. Editions Québécor. Montréal (2004)
  • La Simplicité volontaire. Malie Montagutelli (1986)
  • Éloge de la simplicité volontaire. Hervé-René Martin. Flammarion (mars 2007)
  • Lorsque la misère chasse la pauvreté. Majid Rahnema. Fayard/Actes Sud (2003)

Filmographie

Liens externes


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